data dandy digest (n°1, 2026)

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En ce début d'année, j'ai sauvagement picoré dans divers livres qui à y regarder de plus près forme une obsession du moment autour des questions de géographie colonial, d'aménagements du territoire, d'exil et d'impérialisme ->

>Des empires sous la terre. Histoire écologique et raciale de la sécularisation. Mohamad Amer Meziane. Editions La Découverte. 2021.

Très bonne histoire du colonialisme comme forme de la sécularisation : "la croyance en l'existence de ce monde comme le seul réel, la certitude que c’est ici-bas, sur Terre, que le salut peut être réalisé à travers la jouissance illimitée que doit assurer un accroissement continu des richesses. [...] Mais la sécularisation n’est pas seulement un fantasme. Elle renvoie à la matérialité des révolutions et des réformes par lesquelles un ordre a voulu recréer le monde à l’image de l’Europe à travers sa domination industrielle.”(p.5 et 6).

>Inutilité Publique. Histoire d’une culture politique française. Frédéric Graber. Editions Amsterdam, 2022.

L'historien Frédéric Graber fait l'histoire d'une procédure administrative qui est au cœur de l'imposition des grands projets d'aménagement : l'enquête publique qui récolte les avis critiques contre un projet permet bien souvent d'écouter ces réserves pour ensuite mieux les étouffer. Cette histoire permet à Graber d'en raconter une autre : la manière dont l’État justifie son action par le recours à une rhétorique de l'utilité publique : "comme il n’est pas envisageable, ni même tout à fait souhaitable, que l’utilité des actions publiques ne soit jamais mise en débat, cette culture [de l'utilité publique] s’est traduite par la promotion d’une sorte de débat dans laquelle tout le monde peut certes s’exprimer librement, mais où ces interventions ne changent rien sur le fond, parce que la manière dont le débat est mené garantit à l’avance que les oppositions ne pourront jamais l’emporter. L’utilité publique en questions est indiscutable — elle dit ce qui doit être. L’inutilité, ici, ne saurait être un critère.” (p.12)

>Métabolisme(s). Matière en circulation, matière en transformation. Pierre Desvaux, Clément Dillenseger, Laëticia Mongeard. Editions deux-cent-cinq, 2024.

Chouette petit livre sur le métabolisme urbain : les flux de matières et d'énergie qui circulent en son sein. La notion de métabolisme (stoffwechsel) provient des études du chimiste allemand Justus von Liebig  (1803-1873), qui étudiait les phénomènes biologiques de changement (Wechsel) de matière (Stoff) et a contribué à la fondation de l’agriculture industrielle. Karl Marx s’est inspiré du concept pour décrire un métabolisme social : le capitalisme naissant introduit des échanges inégaux entre la société et la nature, le capitalisme étant vu comme une “rupture” de  l’équilibre socio-naturel qui préexistait au capitalisme. Dès son entrée dans les sciences sociales, le métabolisme a donc un engagement matérialiste fort envers l’étude des conditions de production qui structure des positions de dominations où les flux de matières sont le reflet de flux financiers inégaux.

Dans « The Metabolism of Cities » (1965), l'ingénieur américain Abel Wolman (1892-1989) a mis en évidence trois problèmes « métaboliques » majeurs qui touchaient les grandes villes des États-Unis. Il a proposé son point de vue sur la réalité de ces problèmes et les solutions possibles. Il a défini les besoins métaboliques d'une ville comme l'ensemble des matériaux et des produits nécessaires pour subvenir aux besoins de sa population, y compris tous les processus liés à l'élimination et au traitement appropriés des déchets produits dans la vie quotidienne. Wolman pose les bases de ce que l’on appellera l’ingénierie des métabolismes ou l’écologie industrielle, des approches quantitatives et positivistes qui consistent à optimiser les flux de circulations de matières et limiter la pollution de l’air et l’eau. Si l’approche de Wolman ne retient rien de l’analyse marxiste en termes de domination et de spoliation des terres, elle pose toutefois les bases d’une analyse en termes de métabolisme urbain (Decker et al., 2000).

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CompuBody sock by Becky Stern (2008)

The Beauty of the Beast

Image by Johanna Jaskowska

leonnevillgallagher for @loudebetoly

Où déambuler sur l'internet ? Quelques pistes ->

>Intertapes — Une collection de cassettes audio trouvées et écoutables en ligne

>Ascii Automata, un joli générateur d'images pour devenir un vrai typoète

>Gagnant du webby awards de 2004 (sorte d'oscar de l'industrie), ce site de photographies sur des femmes coincées en voiture (est-ce de l'érotisme pétromascu ? un projet arty absurde ? les deux ? comment savoir ?)

>Cette série d'entretiens sur le permacomputing

Quelques nouvelles de moi ->

>J'ai quitté la coopérative Datactivist pour laquelle je coordonnais le projet Algolit pour maintenant démarrer un contrat au sein de l'Observatoire sur l'impact environmental de l'IA, un projet financé par la fondation de l'ENS et porté par l'Université Paris Saclay.

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